Réflexion de Marc Jammet

 

Pour rouvrir la coro: une réflexion, deux propositions

En tant que comité, faut-il prendre position contre la loi Bachelot ou contre le gouvernement? Je ne le pense pas.

J'ai bien conscience que cette position a choqué quelques membres du comité, aussi vais-je tenter de m'en expliquer.

Car, enfin, qu'est-ce qui bloque pour que nous n'ayions pas encore obtenu la réouverture de la cardiologie interventionnelle malgré nos 17.000 signatures?

Nos "décideurs" (Évin, Bertrand, Sarkozy ..) ? Sans doute. Bien qu'ils soient de plus en plus mal à l'aise face au mouvement qu'ensemble nous avons si bien su créer et développer.

C'est sans doute la raison pour laquelle, comme par hasard, la police municipale de Mantes-la-Jolie puis le service de sécurité de l'Hôpital ont tenté d'empêcher deux de nos dernières initiatives. C'est sans doute la raison pour laquelle la Sous-préfecture était désertée à l'issue de notre manifestation… avant qu'elle n'annonce à l'AFP que

nous étions "moins de 100" !

La raison en est toute simple : ils n'ont plus d'arguments crédibles à nous opposer alors ils tentent de nous faire taire. C'est bon signe. D'autant plus bon signe si l'on prend en compte le courrier du Président de la République qui, lui, en tout cas, n'ose pas dire "non".

Autrement dit : nos multiples initiatives, le soutien de 19 municipalités, nos 17.000 signatures... sont une force qui peut les faire bouger - et peut-être plus rapidement qu'on ne le croit.

Alors ils tentent de nous faire taire… et ils tentent de nous faire apparaître comme un comité qui veut se servir de la coro à des fins politiciennes.

Allons-nous tomber dans leur piège ? Conforter leurs arguments ? A mon avis, ce serait suicidaire pour la coro, pour l'avenir de notre hôpital.

Nous avons un objectif simple : obtenir un sursis de 18 mois pour que notre hôpital puisse faire ses preuves.

Nous avons un moyen : l'existence de notre comité, ouvert à toutes celles et tous ceux qui partagent cet objectif  quelles que soient, par ailleurs, leurs opinions politiques. C'est ce moyen qui fait notre force. On peut être de gauche, on peut être de droite, on peut être militant, on peut ne pas l'être mais, ensemble, nous agissons pour un même objectif.

Et j'ose même dire que, très majoritairement, nous avons appris à nous écouter, à nous respecter, à non seulement remettre en cause les préventions que nous aurions pu ressentir les uns contre les autres mais prendre du plaisir à agir ensemble. C'est, à mon avis, une richesse formidable.

Dès lors faut-il prendre en compte les critiques qui se sont exprimées à l'occasion de notre manifestation du 12 mars vis-à-vis d'une des deux sonos et de banderoles aux contenus politiques marqués ?

A nouveau, je pense que oui. Et qu'il s'agit d'une question de fond.

· Quand Dominique Braye défend bec et ongles la coro devant Évin, nous l'approuvons. Pas parce qu'il est de droite mais parce qu'il défend la coro - tout simplement.

· Quand Cécile Dumoulin tergiverse et manoeuvre, nous la désapprouvons. Pas parce qu'elle est de droite, parcequ'elle ne défend PAS la coro.

 · Quand Claude Évin annonce la fermeture, nous le désapprouvons - bien qu'il soit toujours membre d'un parti de gauche.

· De la même manière, quand Catherine Tasca, Annie Poursinoff, Jean-Paul Huchon, Françoise Descamps ou Éric Roulot nous apportent leur soutien, nous nous en réjouissons. Et quand des citoyens - connus pour être ou avoir été marqués à droite - viennent au rassemblement devant le Palais de Justice et y prennent la parole, non seulement ils ne nous gênent pas mais ils confortent l'identité de notre comité

et ils renforcent l'autorité de ce dernier.

Plusieurs dizaines de citoyens sont venus au rassemblement devant le Palais de Justice mais n'ont pas participé à la manifestation. Ils n'en ont pas l'habitude, ils n'ont pas franchi le pas.

D'autres ne sont pas venus du tout mais nous ont applaudi de leurs fenêtres, ont signé notre pétition.

D'autres, enfin, ne se sentent pas prêts à participer à une des réunions du comité bien que nous ne nous lassions pas de leur répéter qu'ils y ont toute leur place.

C'est tout simplement la réalité du mouvement - avec tous ses inconvénients sans doute mais aussi avec toute sa richesse.

Et plutôt que de déplorer cette réalité (ce qui ne servirait pas à grand chose), ne faut-il pas, au contraire, les accompagner, les rassurer pour qu'ils prennent le chemin qu'ils hésitent encore à emprunter ?

Il en est de même pour les élus. C'est peut-être même encore pus difficile quand les désaccords politiques sont plus marqués et que la méfiance est de mise.

Si un élu de gauche appelle ses collègues à nous soutenir, il ne sera pas suivi par les élus de droite et vice et versa.

Et pourtant, un par un, conseil municipal par conseil municipal, c'est bien 19 municipalités qui, aujourd'hui, nous soutiennent.

C'est dans cet esprit que je soumets, aux membres du comité, deux propositions :

1. Poursuivons et développons notre activité avec notre identité (ouvert à toutes et à tous). Et surtout bannissons tout sectarisme ou toute attitude qui pourrait être interprétée comme telle.

2. Essayons de lever les blocages du côté des élus. Je propose que ce soit le comité qui s'adresse à eux avec un appel d'élus que nous pourrions leur soumettre : "18 mois pour la coro - 18 000 signataires dont nous sommes les élus - écoutez-nous, respectez-nous".

Et que ce soit à nouveau le comité qui publie une 1ère liste des signatures récoltées - avec des élus de gauche, avec des élus de droite.

Nous seuls - en tant que comité - pouvons y arriver et obtenir une liste de 50 - 100 - 150 élus locaux qui seraient d'un poids déterminant.

En résumé, quels que soient ou non nos engagements politique, syndical, associatif, agissons honnêtement parce que nous n'avons qu'un seul but :  

pouvoir fêter le plus rapidement possible la réouverture de

la coronarographie et sauver des vies.

Ce ne pourra être que bénéfique pour notre hôpital en général parce qu'il sera alors beaucoup plus difficile de fermer la nuit les services de chirurgie ou des urgences par exemple.

Et ce ne pourra être que bénéfique pour tous les militants qui auront "joué le jeu". Faisons confiance à l'intelligence des citoyens pour reconnaître celles et ceux qui ont agi, pour s'informer et être davantage attentifs aux arguments des uns et des autres et de leurs organisations.